Il y a bien longtemps, je n’étais conteur que depuis deux ou trois ans, je travaillais avec des enfants et nous montions  une histoire policière en vidéo. Le parti pris était de ne filmer que les pieds de l’assassin, tout le reste était sonore. J’enregistrais avec un magnéto à cassette 4 pistes et un soir, j’ai eu un choc en écoutant l’enregistrement de l’après-midi. C’était le son de quelqu’un marchant dans l’herbe. Ce son écouté hors contexte a pris pour moi une valeur poétique énorme par ce qu’il suggérait, tout un hors-champ sonore où l’imaginaire pouvait galoper. C’est cette émotion première que j’essaye d’entretenir.

Les moyens techniques devenant de plus en plus accessibles, j’ai concocté quelques bandes-son pour mes spectacles.

La pratique du collectage de parole est venue compléter mon travail de conteur. Je me suis aperçu que c’était peut-être plus le son, le grain, le phrasé des voix qui me touchaient que le sens de ce qui était dit. Et tout naturellement je me suis mis à fabriquer des montages sonores où les voix et les sons captés ou créés se mélangent. Le conteur s’efface et c’est une autre sorte de récit qui apparait, fragmentaire, non linéaire, kaléidoscopique. Dans le jeu entre son et sens apparaissent des failles mystérieuses. C’est à l’auditeur de compléter cet inconnu par sa sensibilité et de se construire un récit qui n’appartient qu’à lui.

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Réalisateur sonore